Comment les œufs cage sont en train de quitter la restauration française
Quand on pense aux œufs, on imagine les boîtes du supermarché. On oublie souvent les millions de repas servis chaque jour dans les cantines scolaires, les restaurants d'entreprise, les hôpitaux, les hôtels, les boulangeries. Les œufs y sont partout : omelettes, quiches, pâtisseries, sauces, desserts, plats préparés.
Derrière ces œufs, il y a des poules. Et aujourd'hui encore, 57 % des œufs servis dans la restauration hors domicile viennent de poules enfermées toute leur vie dans des cages, où elles ne peuvent ni courir, ni gratter le sol, ni étendre leurs ailes.

Mais ce système recule. Pas tout seul, pas par hasard : parce qu'un mouvement agit avec détermination.
Ce que vient de montrer le baromètre 2026
Anima publie aujourd'hui la deuxième édition de son baromètre 2026 de la transition vers les œufs hors cage dans la restauration. Il passe au crible 27 entreprises. Tu ne connais sûrement pas le nom de la plupart d'entre elles, et c'est normal.
Les 13 grossistes alimentaires du baromètre fournissent la quasi-totalité des professionnels de la restauration. Les 14 sociétés de restauration collective qui servent, elles, chaque jour des millions de repas dans les écoles, entreprises, hôpitaux et maisons de retraite.
Ce que ce baromètre révèle, c'est une bascule.
Au cours des dernières semaines, les cinq plus grands grossistes de France ont publié, pour la première fois, une feuille de route datée pour retirer définitivement les œufs de poules en cage de leur offre. Pomona dès novembre 2026, Transgourmet fin 2027, METRO en mars 2028, Sysco en juin 2028 et France Frais en 2029. Un sixième acteur, Back Europ France, vise 2029. Trois autres se sont engagés à publier leur propre feuille de route avant la rentrée. À eux seuls, ces engagements peuvent sortir des centaines de milliers de poules supplémentaires des cages.
En plus de ces annonces, les œufs cage reculent déjà sensiblement :
- Pomona : de 37 % d'œufs alternatifs à la cage en 2024 à 87 % en décembre 2025
- Pro à Pro : de 34 % à 60 % en janvier 2026
- Sysco : de 29,5 % à 53 % en janvier 2026
- METRO : de 26 % à 41 % en janvier 2026
- Even (Krill) : de 30 % à 40 % en 2025
Du côté de la restauration collective, le mouvement est encore plus avancé : 5 des 14 plus grandes sociétés servent déjà 100 % d'œufs hors cage, 3 en sont tout proches, et 4 autres se sont publiquement engagées à y arriver dans les deux ans. Treize sociétés sur quatorze ont progressé entre 2024 et 2025. Newrest est passée de 7 % à 89 % d'œufs hors cage. Elior, de 30 % à 70 %. Serenest, de 35 % à 70 %.

Gratter le sol, étendre ses ailes, se percher
Ces pourcentages, ce sont des vies.
À l'heure où tu lis ces lignes, environ 2 millions de poules sont enfermées en cage pour produire les œufs de ces 27 entreprises. Entre 2025 et 2026, on estime que 600 000 poules sont sorties des cages grâce aux décisions de ces entreprises.
Pour chacune d'elles, la différence n'est pas une statistique : c'est pouvoir se déplacer, gratter le sol, étendre ses ailes, se percher. Des centaines d'heures de souffrance en moins, au cours d'une vie.
Pourquoi les entreprises bougent maintenant
Une entreprise qui accepte enfin de communiquer ses chiffres. Une autre qui s'assoit avec ses fournisseurs pour bâtir un plan. Une troisième qui pose une date publique pour la fin des œufs cage. Ces avancées se font souvent sans bruit, mais ce sont elles qui changent durablement la vie des poules.
Elles ne sont pas le fruit du hasard : elles sont rendues possibles parce qu'il existe, en France, un mouvement de personnes qui souhaitent un monde meilleur pour les animaux — et qui s'en donnent les moyens, en soutenant des campagnes comme celle d'Anima, pour observer, orienter, récompenser, critiquer les actions des entreprises.
À chaque fois qu'une entreprise sait que des milliers de personnes regardent ce qu'elle fait, son calcul change. Toi aussi, tu peux rejoindre celles et ceux qui se lèvent pour les poules :
Le travail continue. Six grossistes n'ont pas encore de feuille de route. Certaines entreprises n'ont pas publié leurs chiffres (et tant qu'une entreprise reste opaque, il est impossible de savoir si elle avance vraiment, ce qui ralentit aussi ses concurrentes). La transparence n'est pas un détail administratif : c'est le levier qui permet de distinguer celles qui prennent leurs responsabilités de celles qui se contentent d'en parler.
Mais l'enfermement des poules en cage recule. Et chaque personne qui rejoint le mouvement rapproche le jour où on aura tourné la page des cages.
Cyril Ernst
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